Un samedi à la Truite Magique

Un samedi à la Truite Magique

Un festival qui s'appelle la Truite Magique? On y plonge tête la première.

A'torat Liège, cap sur Tavigny! Quarante cinq minutes de navigation houleuse via GPS plus tard, nous slalomons entre les gouttes et les pelotons de cyclistes au travers de la bourgade fleurie d'Houffalize.
La route sinueuse longeant la colline fini par dévoiler enfin la crique verdoyante tant attendue.
Nous jetons l'encre.



Des mâts de tentes transpercent les feuillages, la vallée semble vibrer au son d'une musique encore lointaine, comme une invitation à nous rapprocher.
Nous nous décidons à pénétrer dans le repère des pêcheurs.

A la lueur chancelante d'une lanterne, nous traversons un petit pont dont le bois craque sous nos pas.
Amarrés à la chaleur d'une guinguette, certains mangent sur des nappes trop blanches tandis que d'autres déboulent joyeusement du camping les cirés ruisselants.

Soudain, une apparition au sourire avenant revêtue de blanc nous propose de nous faire faire le tour du domaine. C'est Angélique Poncelet, la chargée presse et communication. Elle nous raconte que la clairière appartient à Henja Govers et Bob Muileboom. Le couple est également propriétaire de l'hôtel la Truite d'Argent, son doigt indique un chalet un peu plus loin, en hauteur. Au dessus de nos têtes, des drapeaux de tissus multicolores flottent joyeusement et semblent nous indiquer la direction qu'a prise le lapin blanc de Lewis Carol. Ce mot est banni et pourtant on va transgresser la bienséance: Beau. Le paysage est beau à pleurer. Vert, doux, dégagé, vaporeux. On croirait qu'il va fondre sous la pluie comme une aquarelle. Des formes abstraites font semblant de se cacher dans les bois avoisinants. Angélique nous explique qu'il s'agit de créations phosphorescentes, qui s'illumineront donc une fois la nuit tombée.
«Food in The wood» indique une bannière et notre guide s'engage sur un petit chemin de terre sinueux jalonné d'échoppes à boire et manger.
Ventre affamé n'a pas d'oreilles et lorsque l'odeur de l'herbe mouillée se mélange aux vapeurs de viande rôtie du yucatan et aux arômes de soupe au potiron, la concentration se révèle laborieuse,
Pas de gros slogan, aucun sponsor en vue, mis à part Lupulus, bière locale brassée avec sagesse. La truite veut rester indépendante. Cette réelle promenade de santé nous amène jusqu'à un étang où chantonnent les clapotis de l'eau tandis qu'une truite coiffée de bois de cerf nous sourit d'un air moqueur. Des festivaliers à la trentaine épanouie se réchauffent à la chaleur d'une buvette.



Des notes aux accents country nous entraînent sous le spacieux chapiteau de la Magical Stage dans laquelle nous entrons comme on ouvre les portes d'un saloon (sauf qu'il n'y a pas de portes).
Les battements de bottes de caoutchouc font déjà gronder le sol alors que le concert n'a commencé que depuis dix minutes. Sur scène, les londoniennes Worry Dolls irradient. Des vallées d'Irlande en passant par les plaines amérindiennes, en faisant un crochet par le Bayou, les mains se baladent sur le manche de la gratte et le road trip, façon Dixie Chicks, met tout le monde d'accord.
Des rayons de soleil jaillissent sous les ongles qui agrippent les cordes du banjo.
Les feuilles rousses d'un été indien semblent se mélanger à la chevelure de Zoe Nicol tandis que Rosie Jones cavale derrière à la guitare. Pendu au micro un attrape rêve se balance, conserve les belles images de la nuit, capte les songes envoyés par les esprits et brûlent les mauvaises visions aux premières lueurs du jour. Le public est envoûté et la musique respire, circule, se propage dans la foule, qui pour une fois n'est pas oppressante.
Les deux filles quittent la Magical Stage sous les acclamations et nous ne pouvons nous empêcher de penser à Thelma et Louis (sans le ravin).



Au bord d'un ruisseau, trois dos se livrent une bataille sans merci. C'est à celui qui pissera le plus loin. Plus les cailloux phosphorescents sont loin, plus il y a de points à gagner.

On décide d'aller se ravitailler.

Six allés-retours sur la route de la tentation plus tard, nous revoilà, triomphants, un bol de nouilles tibétain à la main.

Slurp.

En sortant de là, nous tombons nez à nez avec le chanteur Cavan Moran, de Manchester, encore visiblement enivré de sa prestation de midi. Volontaire à la Truite, Il a aporté sa pierre à l'édifice chaque année pour son élaboration. Cela fait deux fois que lui et Emma, sa compagne et partenaire de scène, se produisent sur la Forest Stage et, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne boude pas de ne pas être sur la grande scène:
«We want this fucking forest stage»!
Je lui demande ce qu'il a pensé des prestations des autres artistes et il me répond que c'était de chouettes spectacles mais que personne n'est aussi bien que Cavan Moran. Il exécute un pas de tango.
Emma le rattrape. Il conclu par «My name is Bob Dylan» et me marche sur le pied.
Je ne sais pas pourquoi mais, je l'ai cru.

Le ciel, sur l'étang hésite encore entre le soleil et l'orage.
Ambiance aquatique, danse des moustiques.

Les chalands manoeuvrent en destination de la Forest Stage.
Un chouïa plus petite que la Magical Stage, elle est située juste à l'orée du bois et construite toute de branches et de planches.
Revêtue d'un peignoir de lumière, Mati Le Dee, chanteuse du groupe Gauss semble invoquer les esprits de la forêt qui lui reviennent en écho par delà la vallée.
Pendant la messe, soudain, deux créatures revêtues de combinaisons bariolées de peinture fluorescente font irruption entre les rondins de bois sur lequels les gens se sont installés confortablement comme dans leur salon. On ne sait pas trop si elles vont nous prendre dans les bras ou nous kidnapper. Du coup, on les regarde du coin de l'oeil se déplacer jusqu'à ce qu'elles finissent par nous distribuer l'expression de leurs plus sincères sentiments sous forme de coeurs en papier.
Au recto, on peut lire «La truite magique» et au verso: «Let's celebrate life». Et c'est bien ce que font les ombres des arbres, qui dansent et se confondent avec la silhouette d'Emile Setyrn ,et ses faux-airs de Jack White, qui s'agite derrière le clavier, au milieu de ce petit théâtre à ciel ouvert, peint rouge sang où l'air se fait aussi inquiétant que fascinant.

Dans la forêt, la toile d'araignée phosphore déjà.

Une vingtaine de festivaliers se sont enhardis dans la forêt pour aller examiner le spécimen à cordes de plus près.
On dirait que ça ne les gêne pas de marcher dans la boue. En témoigne Vick venue en sandalettes. Zoom sur les pieds.
«On est partis un peu dans l'urgence» justifie-t-elle, hilare.
Consciente de s'être plantée dans le dress code, elle confie avoir aussi emporté des robes d'été.
Le soleil ce sera pour demain, en attendant elle se réjoui de pouvoir les porter le soir dans la tente.
Nous remarquons un peu plus loin que d'autres sont venus avec leur gros sabots.

Lundi matin, Vick et ses amis repartent pour Rotterdam. Une bonne route les attends.
C'est le cas aussi de Michael, soixantenaire rock'n'roll originaire de la province de La Frise aux Pays-Bas. Bénévole depuis la première édition de la Truite, il y revient par tous les chemins. Sur son temps de pause , il nous confie qu'il a dormi dans sa voiture sur le parking et en tente. La tente le relaxe. Le hard rock aussi. Mais il n' y a pas de hard-rock ici.
«Ce n'est rien, j'aime tout les types de musiques qu'il y a ici» répond-il, se piquant un coeur en papier sur la tête.

Sur la Forest Stage, la pop atmosphère existentialiste Gauss continue à agir par la présence magnétique de la chanteuse.
«Je pense que nous sommes à l'aube d'un nouveau monde, Je fais partie de l'ancien monde et j essaie de ressentir ce que le nouveau monde sera». Elle cherche l'équilibre entre les deux. Et moi comment je vais traduire ça. «  Je chante a propos de mon amour et de l'espoir par rapport à la souffrance, la nature, la guerre, les enfants soldats qui n'en ont plus, d'espoir». Je lui dit que son univers musical me fait penser à Coco Rosie et demande si elle aime. Elle me répond: «Je ne connais que le premier album» puis s'inquiète «c'est un compliment»?
-Oui.





Notre guide nous ramène vers Henja Govers, clé de voûte de ce événement cohérent sur le fond comme sur la forme depuis maintenant quatre ans.
Elle a le regard de ces gens qui ont beaucoup voyagé et qui vous hébergerais si vous étiez perdus.
On sent que le festival l'anime jusqu'aux entrailles et que ce n'est pas tant l'arrivée qui l'intéresse mais le voyage, fait de rencontres et de partages.

Les mystérieuses créatures se sont réfugiées dans l'intérieur chaleureux du chalet La Truite d'Argent. Entre deux tables en bois brut, elles s'entraident pour dézipper leur combinaisons et tombent le masque, révélant cheveux blonds et visages mutins.
Je leur demande si elles arrivaient à voir correctement dans leurs costumes et elles me répondent que pas grand-chose ce qui, au final, n'était pas plus mal pour la performance.
Toutes deux, amies débarquées des Pays-Bas, ont passés leurs nuits au camping.
Ce sont elles qui ont mis en couleurs les cailloux du ruisseau.
L'une danse par passion et la deuxième, Hannah, est spécialisée dans la vidéo et la photographie.
Elle est captivée par la façon dont les danseurs s'adaptent et interagissent avec les projections.
Elle-même se mélange, souvent à des images hypnotiques kaléidoscopiques.



A une table, certains boivent et reboivent, encore.
Des rires se mélangent aux crissements d'un violon.
Au dehors la pénombre d'un nouveau crépuscule fait jaillir tout autour de nous d'innombrables lumières colorées, comme autant d'arc-en-ciel fantasmagoriques au coeur de la profonde noirceur ardennaise.
Nous laissons à la nature cette vallée faite de songes et de souvenirs fugaces
qu'un battement de cils pourrait faire disparaître comme un rêve éveillé.

Toutes les photos, sont ici: www.facebook.com/Latruitemagique.festival

Tentés par l'aventure?
N'attendez pas l'été prochain, La Truite propose des concerts tout au long de l'année.
Prochaine date: samedi 30 septembre.

La Truite Magique: www.la-truite-magique.com
Hotel la Truite d'Argent: la-truite-houffalize.strikingly.com/
Worry Dolls: www.worrydollsmusic.com
Cavan Moran: cavanmoranmanchester.bandcamp.com
Gauss: vi.be/gauss
Hannah Goedhart: hannahgoedhart.com/over

© Régis Dumont
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