Interview - Suffocatings Minds

Interview - Suffocatings Minds

Une main plongée dans la pénombre qui tire sur la corde d'un store vénitien, laissant parfois filtrer quelques rais de la lumière du jour, puis brusquement une clarté éblouissante.
Voilà l'impression que me donnait le premier album des Suffocating Minds.

Des textes sombres, conduits par une rythmique assassine, une tension électrique, des montées d'adrénaline en puissance, puis, une descente en chute libre. Mais maîtrisée. Si les musiciens de Suffocating Minds - tous nés dans les années 70 et 80 en pleine explosion de l'electronic music et des jeux vidéos - sont assurément insufflés par ces courants, ainsi que par le renouveau du troisième millénaire, ils ne se sont pas pour autant complus dans la parodie.
«In a different life» nous emmenait sur les chemins connus du new Wave/ electro/synthé puis nous décontenançait par ses accalmies et ballades, saupoudrées parfois de violoncelles sur lesquels venait se poser la voix de Vincent Lemineur.
Les chemins se révélaient, en réalité, des courts-circuits addictifs qui se plaisaient à jouer de notre système nerveux, une fois le cap dépassé de la première écoute et des a priori.

La multiplicité des émotions, en funambule entre l'amertume tranchante et l'idée d'un autre vie, démontraient que musique électronique ne rime pas nécessairement avec musique industrielle.
Dès lors on ne peux que crier cocorico à la nouvelle d'un deuxième album «Second Life», synonyme de la renaissance d'un groupe belge de talent dont la signature se fait de plus en plus affirmée et les dates de concerts démultipliées.


Sur scène, leur osmose est totale. La clé réside sans doute dans leurs liens d'amitié datant bien avant leur formation, en 2007. Comme quoi, l'on est riche que de ses amis.
Alain De Beck à la batterie, David Ninane à la basse, Grégory Lacomble au clavier et Vincent Lemineur au micro, oeuvrent ensemble de front et ne semblent former qu'une seule entité.
Outre leur emprunte musicale en clair obscur, leur complicité, leur naturel et simplicité font leur force.
Efficaces et sans artifices. Les Caravage de l'électro belge.
Bon, on en fait peut-être trop.
Trêve de bavardages, rencontre avec les gentils SM.

Quelles impressions gardez vous de votre passage à Spa?
Vous êtes passés de la vitrine Franco à la scène Playright, prenez vous ça comme une marque de reconnaissance et de confiance de la part des organisateurs?


Alain: Très bonne impression! Public présent et réactif, un mix de personnes qui nous suivent et d’autres qui venaient nous découvrir…

David: Nous avons en plus eu le plaisir d’être présentés par Charles Gardier, qui, on le sait, court beaucoup pendant le festival.
Donc, faire le détour par la Playright est un sacré bon signe témoignant de son intérêt pour SFMD!

Avez vous eu le temps de regarder d'autres concerts?
Sinon, lesquels auriez vous aimé voir?


Alain: Non! Mine de rien, un concert de trois quart d'heure nécessite presque dix heures de disponibilité; entre le démontage au local de repét, le trajet, l’organisation sur place, le sound check, puis le démontage, partager les impressions avec le public, l’une ou l’autre interview suivie d’un repas bien mérité et...la soirée est déjà terminée...

Vince: Aller voir Mustii et Konoba nous aurait par contre bien plu.

Est-ce qu'on peut dire que Suffocating Minds a trouvé son public?
Est-ce que les personnes présentes à vos prestations sont les mêmes à la Fiesta du Rock qu'aux Franco?


Vince: On réalise de plus en plus que notre musique nous permet de participer à des événements très différents, donc «notre» public est finalement constitué de profils allant de simples mélomanes aux amateurs plus pointus d’Electro-Synth-Pop-New Wave ».

David: On a donc cette chance de pouvoir faire le grand écart entre les Francos et le W-Festival cet été!

Vidéo de Second life:

Réalisation: Samuel Szepetiuk

On dit souvent que le 2ème album d'un groupe marque soit la continuité avec le premier, soit une rupture, en tout les cas que celui-ci est décisif pour son avenir.
Où situez vous «Second life»?


Vince: Le 1er album ressemblait finalement plus à une grosse démo, une compilation qui nous a permis de poser les bases de ce qu’allait devenir SFMD, du point de vue artistique, mais aussi relationnel.

Alain: Le second album, tout en restant dans la lignée, s’est voulu plus affirmé et plus travaillé. Nous tenions à ce qu’il soit à la hauteur des envies de chacun et qu’il marque une évolution à tous les niveaux.

Greg: Nous sommes tous très heureux du résultat tant technique qu’artistique et… les retours que nous en avons depuis sa sortie semblent aller dans ce sens. Dans ces moments charnières de la vie d’un groupe, on comprend pourquoi on a dépensé autant de temps et d’énergie à cette musique qui nous anime.

Votre premier opus s'appelait «In a different Life» et le nouvel «Second Life»? Par quel temps sont inspirés vos écrits? Et qui en est à l'origine?

Vince: Je considère chaque chanson comme un court-métrage qui raconte une tranche de vie, qu’elle soit une référence à ma vie passée, présente ou une vie fantasmée. Les thèmes abordés sont, pour la plupart, le résultat de questionnements sur l’existence et la relation à l’autre.
Le choix du titre «Second life» est un clin d’oeil au premier album,
une affirmation à son statut de deuxième opus et une référence à notre vie parallèle dans la musique, si importante pour chacun d’entre nous.

Votre 2ème album semble plus lumineux, côté propos que son prédécesseur…

Vince: Peut-être qu’il y a plus de touches d’espoir et que la sensation Pop est plus présente que dans le premier album qui avait des relents sans doute plus Indus. Mais le groupe s’appelle toujours Suffocating Minds (sourire) donc ce n’est pas demain la veille que le mot «Rainbow» ou «Love» apparaîtront dans des titres!

Pouvez-vous me parler de l'image sur la pochette représentant un homme remontant un escalier?

Greg: Le personnage anonyme est en mouvement vers le spectateur et ses reflets sur les murs démultiplient les possibilités? Qu'y a-t-il dans sa valise ? Où va-t-il ?… La composition de la pochette, mise en relation avec le titre de l’album déclenche les histoires que la personne qui la regarde a envie d’imaginer. C’est une illustration ouverte qui invite à l’interrogation, un peu à l’image d’une affiche de film.

Alain: Greg l’a prise sur le chemin du travail, et lorsqu’il nous l’a soumise, elle a toute de suite fait l’unanimité. C’est également lui qui a bossé sur le visuel entier du CD qui participe à l’évolution claire de SFMD.

Votre esthétique est souvent léchée et portée vers le noir et blanc.
Est-ce pour son caractère intemporel?


David: Le noir et blanc reste toujours sobre et est cohérent dans l’esprit général du groupe: “no rainbow”! . (rires) C’est aussi une façon de filtrer la réalité et une connexion avec le volet le plus «dark» de nos chansons.

Vince: Dans le même ordre d’idées, on reste dans le code vestimentaire noir sur scène...

On sait que vous êtes amis à la ville comme à la scène, comment se passe la fabrication d'un album, quand on est amené à oeuvrer ensemble pendant des mois?

Alain: Notre amitié de longue date nous permet, au fil du temps, de pouvoir réaliser les choses de manière fluide, naturelle : l’amitié nourrit notre musique (et donc cet album) et notre musique nourrit depuis toujours l’amitié.

Comment s'est passé le procédé de création de «Second life»,avez vous d'abord fait la musique puis posé les mots ou l'inverse? Est-ce que chacun est resté dans son «rôle» ou finalement, à force de travailler ensemble, vous finissez par acquérir un peu du talent les un des autres?

Alain: Vince vient avec des maquettes déjà bien établies, nous les écoutons et retenons celles qui nous parlent le plus, certaines restent presqu’inchangées tandis que d’autres ont été un peu plus (re)travaillées sans toutefois être complètement bouleversées.
Greg, grâce à sa formation classique, aime proposer des idées d’arrangements par rapport aux maquettes de Vince.

Greg: J’aime apporter le maximum de soin à l’ensemble harmonique d’un morceau, en veillant à l’équilibre de tous les sons, même si il ne s’agit « que de la Pop». Simple ne rime pas avec simpliste… “La simplicité est la sophistication suprême”! Disait très justement Léonard de Vinci”…
Enfin ça peut paraître un peu too much cette citation, non? On peut l'enlever? (rires) Enfin non, le fond réflète bien ce que je voulais dire!
Et donc, si il y a un apport personnel c’est sans doute celui-là. Tout en gardant à l’esprit que cela n’a rien à voir avec la capacité de «songwriting» qui pour moi n’a aucun rapport avec une formation classique - même si ça peut aider - et Vince a un vrai talent pour ça… tout en étant autodidacte!

Vince: Quant aux paroles, elles sont écrites en fin de processus: l’anglais, au-delà de l’amour que je porte à cette langue depuis toujours et encore plus depuis que j’ai vécu à Londres, me permet cette «distance poétique» qui focalise sur la musicalité des mots avant d’y mettre du sens.
Elle me permet de m’exprimer plus librement finalement, d’être en quelque sorte quelqu’un d’autre. “Second life” aurai été une chose plus délicate si j’avais choisi le français! Question de pudeur, sans doute.

Gregory, il paraît que vous avez «l'oreille absolue» pouvez-vous expliquez ce que cela veut dire et apporte au groupe?

Alain: Quand il entend un chien aboyer , il n’entend pas “Wouf-Wouf”, mais plutôt “La La#”(rires) En bref, pour lui, tout bruit à sa note propre!

Greg: (mort de rire) Plus sérieusement, cela veut dire que tout son (la majorité des sons en tout cas) se traduit en note dans ma tête.
Pour la pratique du piano, cela peut aider la mémoire.
Mais ça peut être aussi très énervant, des fois on a envie de ne PAS entendre de notes..! Mais ça n’apporte rien au groupe en pratique.

Quand vous ne jouez pas sur scène ou ne bossez pas sur vos morceaux, que faites-vous?
Avez-vous d'autres passions en dehors de la musique?


Alain:D’autres «passions» au même niveau que la musique, qui nécessitent autant d’investissement? Non.
Mais chacun à d’autres activités, ne fussent que professionnelles:on est tous les quatre à temps-plein.

Vince: Au-delà d’un temps-plein, un projet musical pareil nécessite de prendre des dizaines d’autres casquettes pour le faire vivre
(compos, arrangements, écriture, montage vidéo, promo, booking, networking, organisation, etc...) et, quand la passion est là, ça peut vite devenir énergivore et chronovore!

Greg: J’ai quand même deux autres passions importantes: le piano, qui possède un si beau et vaste répertoire et qui est aussi en partie un métier, puisque je peux l’enseigner.
Je suis également « magicien/mentaliste », activité que je développe à mon rythme parallèlement simplement par passion. Mon but n'est pas d'en vivre. Si je précise ça, c’est parce que je pense que tout musicien doit avoir un intérêt plus large que sa musique, notamment un attrait pour l’art en général.
C’est ce qui va nourrir sa production et donc il est important de vivre des choses hors de sa petite bulle musicale.

David: Mon autre passion a 6 ans et demi... Ma fille!

D'où vient le choix du nom de Suffocating Minds?
Vous sentez toujours en harmonie aujourd'hui avec ce choix?


Alain: Vince est venu chez moi,il y a dix ans avec un morceau qui s’appelait Suffocating mind,(au singulier donc) et il m’a convaincu qu’il fallait en faire quelque chose et c’est là que le projet est né!
Sur le choix, oui nous sommes toujours en harmonie et on n’y tient!

David: On reste toutefois bien conscients que juste sur la «forme» il est toujours difficile à retenir et à prononcer, d’où la proposition « SFMD » pour les moins anglophiles.

Vince: Pour les plus courageux, vous pouvez toujours vous entraîner avec ceci: «SeffoKKèiting Maïnds ».

N'en avez vous pas marre d'être comparé à Depeche Mode?

Alain: Vince à un timbre de voix très proche de Dave Gahan et Depeche Mode est une influence évidente. Nous comparer à cette référence fait toujours plaisir.

Greg: cela fait plaisir jusqu’à un certain point, cela me va si la comparaison n’est pas faite dans le sens «vous essayez de copier», car ce n’est absolument pas le but. Je pense que le deuxième album affirme une identité plus marquée même si l’influence est en effet évidente. Finalement, copier un groupe pour ensuite avoir la remarque «cela fait penser à tel groupe », cela peut être assez facile si on a tous les éléments pour en créer la copie, la recette ayant déjà été inventée!
Mais cela n’a aucun intérêt… et dans ce cas, prendre la comparaison positivement serait faire preuve d’une bien pauvre auto-satisfaction.
Ce n’est pas notre cas, enfin je crois!

Vince: Depeche Mode est le groupe phare de tout un mouvement, donc je pense qu’il est normal qu’il soit mentionné comme référence première. Ca ne s’arrête toutefois pas là: on nous a bons nombres de fois cité d’autres références (IAMX, New Order, Joy Division, Placebo ou même Muse…).?L’une de nos forces est sans doute cet univers assez typé auquel l’auditeur adhère immédiatement ou pas!

Le 18 août vous vous produisez au W-Festival, dans la province du Hainaut, festival spécial new have et Electronic pop. Vous vous réjouissez?

David: Oui tout-à-fait, c’est une belle grosse date qui est venue s’intercaler et jouer de l’autre côté de la frontière linguistique est un beau challenge! L’occasion d’élargir notre public typé Electro-Synth-Pop-New Wave!

Hormis cet album tout frais et cette date de concert, avez-vous d'autres projets à venir?

Alain: Actuellement nous ciblons la promotion de l’album et les concerts et après cet été, on vise plus particulièrement l’étranger pour fin 2017-2018.

Vince: On sent que quelque chose est entrain de s’ accélérer…


Si l'envie vous démange de les (re) découvrir le 18 août au W-Festival,
il vous reste actuellement 7 jours,11 heures, 11 minutes et 56 secondes pour réserver vos places! Programmation complète: www.w-festival.com

Pour ceux qui ont un barbecue prévu ce samedi soir, annulez-le: Il va rincer et les SM joueront au Home Made Music Festival de Huy. www.facebook.com/events/138515093337773

Vous vous tâtez encore?
Le quatuor offrira sur place 5 albums dédicacés de leurs noms (c'est toujours mieux) et 5 duos Pass de 3 jours pour le W-Festival du18 août!

Leur site: www.suffocatingminds.com
Leur Facebook: www.facebook.com/suffocatingminds
Photo: Anne Sanka

 

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